50 ans après l’accession du Bénin à l’indépendance
L’administration béninoise, depuis l’accession du pays à l’indépendance le 1er août 1960, a été le reflet des périodes politiques traversées par le Pays. Selon le Secrétaire général du Ministère de la Réforme administrative et institutionnelle, Idrissou Boukary, cinq périodes ont secoué le pays et ont marqué chaque fois de leur empreinte l’administration Béninoise.
Le développement d’un pays est soutenu par son administration. C’est dire que l’administration doit être au service du développement. Mais le constat fait actuellement n’est guère reluisant et les tares que traîne l’administration béninoise constituent des pesanteurs qui empêchent le Bénin de se placer sur l’orbite du développement au point où le Pays tient la lanterne rouge au sein des pays pauvres très endettés (PTTE). Par ailleurs, la liberté d’expression et d’association, le pluralisme politique avec au moins 150 partis politiques et plus de 250 mouvements politiques, la liberté syndicale qui a permis une floraison de syndicats, ont plutôt fragilisé l’administration béninoise par la perte des valeurs citoyennes comme le respect des biens publics, la conscience professionnelle, le refus de la corruption, l’amour du travail bien fait. L’autre constat fait, c’est que l’administration béninoise développe des tares pendant les périodes de récession économique comme ce fut le cas dans la période 1987-1989 où les salaires étaient impayés et, actuellement, où la crise internationale sévit.
Les réflexions du SG du MRAI, Idrissou Boukary, sur l’évolution de l’administration béninoise
L’administration béninoise a évolué selon la vision des régimes qui se sont succédé à la tête du pays. Le Secrétaire général du Ministère de la Réforme administrative et institutionnelle, Idrissou Boukary a relevé cinq périodes qui ont marqué de leur sceau, l’administration béninoise. Il s’agit de la période allant du 1er août 1960, année de l’indépendance du Dahomey, jusqu’en 1968 ; celle du Conseil présidentiel, de 1970 à 1972, celle de 1972 à1987, celle de 1987-1989 marquée par une crise économique sans précédent avec cessation du paiement des salaires, celle de février 1990, année de la Conférence des Forces vives de la Nation, à ce jour. A chacune de ces périodes correspond un type d’administration selon la vision et les objectifs des dirigeants.
Les périodes 1960-1968 et 1968-1969
D’après les explications du SG/MRAI, la période allant du 1er août 1960 à 1968 est marquée par une administration héritée de la période coloniale, caractérisée par la gestion des affaires courantes, une administration de commis au service, non pas de la Nation mais de la métropole qui est la France. Même la politique sanitaire installée par le colonisateur est mue par cette vision qui est de veiller à la santé des commis qui servent la métropole, Ce qui justifie les facilités accordées à ceux-ci pour accéder aux soins. En héritant d’une telle administration, les gouvernants de 1960 à 1968 se sont investis pour une administration diversifiée, axée sur la formation de cadres dans tous les secteurs afin d’avoir une administration au service du développement du Bénin. Toutefois, l’instabilité politique qui a jalonné cette période n’a pas permis d’avoir les résultats escomptés. Une autre étape est survenue quand le Président Emile Derlin Zinsou prit les rênes du pays en juillet 1968. Celui-ci a institué une administration au service des valeurs du travail, de l’intégrité, du civisme et autres et surtout la séparation des postes politiques des postes techniques. C’est à cette époque qu’il a été créé les Secrétaires généraux des Ministères. Mais la rigueur du Président Emile Derlin Zinsou et la traque des populations pour cause de non paiement des impôts, appelée dans la langue fon « Zinsou Takwê », ont fini par asphyxier les populations. Profitant de la situation, ce sont les mêmes militaires qui l’ont désigné pour prendre les rênes du pays qui l’ont déposé en décembre 1969.
197O-1972 : La période de la déliquescence de l’administration
C’est au cours de la période allant de 1970 à 1972, celle du Conseil présidentiel, que l’administration béninoise a connu une régression. C’était, selon M Idrissou Boukary, une administration compartimentée sous l’influence des chefs de partis politiques. Le gouvernement était composé de 12 ministres soit 4 émanant de chacun des 3 partis associés. Ces Ministres, avant chaque décision, se référaient à leur chef de parti. Conséquence : l’administration béninoise connut ses plus grandes tares et ce fut la déliquescence.
Le régime du Gouvernement militaire révolutionnaire (GMR), de 1972 à 1987, et la crise économique
Les dirigeants au cours de cette période se sont investis à faire oublier les tares que traînait l’administration béninoise. Ce fut, à l’époque, une administration unie portée par des valeurs citoyennes et républicaines et très centralisée. C’est une administration qui s’est montrée capable de se surpasser. C’était le centralisme démocratique porté par une économie décentralisée et par un idéal politique. Puis survint la crise économique de 1987 qui portèrent atteinte aux valeurs de travail et à la conscience professionnelle. De 1987 à 1989, la crise économique nationale corsée par le non paiement des salaires accumulés de 5 à 9 mois pour certains, a tôt fait de mettre l’autorité de l’Etat à terre. Les fonctionnaires étaient obligés de se « débrouiller » foulant aux pieds les valeurs citoyennes et républicaines.
Le renouveau démocratique de février 1990 à ce jour
La conférence des Forces vives de la Nation de février 1990 ouvre un nouveau boulevard pour le Bénin avec le pluralisme démocratique, la liberté économique et la promotion des droits de l’homme. Ces valeurs sont portées par la vision Alafia 2025 qui vise un pays prospère, de stabilité et de paix où la dignité humaine est sauvegardée et que les régimes qui se succèdent doivent veiller à atteindre Mais une veille des populations s’avère nécessaire pour qu’aucun régime ne vienne mettre entre parenthèses ces valeurs citoyennes et républicaines. Toutefois, il faut remarquer que de plus en plus, les valeurs négatives comme la corruption, le manque de respect pour les biens publics ont conduit l’administration béninoise à se déconnecter de l’orbite du développement. La situation est plus alarmante avec la crise économique actuelle. Pour cause de primes impayées et d’autres revendications non satisfaites, l’administration béninoise est secouée par des grèves perlées, le plus souvent jusqu’à sa paralysie de l’administration, provoquant des manques à gagner pour l’économie béninoise. Pire, c’est sous la démocratie que dans le secteur de la santé, très sensible, on note la radicalisation des mouvements syndicaux jusqu’à la grève sans service minimum. Conséquence : des agents de santé regardent mourir les malades sur le lit d’hôpital, parce qu’ils observent une grève sans service minimum, violant allégrement le serment d’Hyppocrate qu’ils ont prêté. Et c’est pour corriger ses dérives qu’il a été créé le Ministère de la réforme administrative et institutionnelle
Approche de solutions pour corriger le tir
La raison d’être du Ministère de la réforme administrative et institutionnelle, d’après le secrétaire général du Ministère, Idrissou Boukary, est de mettre en place une administration moderne au service du développement. Les efforts sont consentis chaque jour par les cadres du Ministère pour atteindre les résultats escomptés, a reconnu Idrissou Boukary, avant d’ajouter que d’importantes réformes sont mises en exécution. Il s’agit entre autres de la restructuration de l’administration avec de nouveaux statuts des agents permanents de l’Etat en examen à la Cour suprême, des réformes relatives au plan de carrière des agents, ainsi que le processus de la décentralisation. Ces réformes concernent également la promotion de la qualité des ressources humaines, la promotion de la gestion axée sur les résultats. Ces réformes administratives et institutionnelles sont sous-tendues par, entre autres, la vision Alafia 2025, les orientations stratégiques de développement (OSD), les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), les Etudes nationales de perspectives à long terme (NLTPS), et la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté (SCRP) dont le Bénin expérimente actuellement la 3eme génération. En somme, les réformes administratives et institutionnelles entamées auront les résultats escomptés si intervenait une révolution des mentalités basées sur l’amour de la patrie, l’amour du travail bien fait et de l’intérêt général.
Photo Le Secrétaire général du Mrai, Idrissou Boukary
Source: aubenouvelle.info Auteur: PresseBeninoise.Com avec Matini MARCOS
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